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Publié le 06/02/2026

Euronext Paris :  AMUN

Amundi
Le marionnettiste de l’ombre

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Née dans la douleur

Mon véritable adversaire, c'est le monde de la finance. [...] Je séparerai les activités des banques qui sont utiles à l'investissement et à l'emploi, de leurs opérations spéculatives. (François Hollande, Discours du Bourget, 22 janvier 2012, durant sa campagne présidentielle).

La crĂ©ation d’Amundi, nĂ©e du rapprochement entre le CrĂ©dit Agricole et la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, constitue une rĂ©action prĂ©emptive Ă  la rĂ©ponse lĂ©gislative attendue aprĂšs la crise des subprimes. PlutĂŽt que de subir une sĂ©paration forcĂ©e des activitĂ©s de gestion (Asset Management) et d’investissement (BFI), les deux gĂ©ants français ont choisi de devancer la loi en crĂ©ant une entitĂ© autonome dĂšs 2010.

La crĂ©ation d’Amundi, nĂ©e du rapprochement entre le CrĂ©dit Agricole et la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, est une rĂ©action directe Ă  la crise des Subprimes de 2007. Si la bulle n'explose qu’en 2007, sa genĂšse se trouve en 1995, lorsque Bill Clinton lance la National Homeownership Strategy. L'objectif est de faire passer le taux de propriĂ©taires aux États-Unis de 64% Ă  67,5% avant l'an 2000. A cette fin, une sĂ©rie de dĂ©rĂ©gulations sont adoptĂ©es pour permettre Ă  pratiquement n’importe qui de pouvoir emprunter. Pour Ă©viter la stigmatisation, est créée une dĂ©nomination non pĂ©jorative pour dĂ©signer les gens se trouvant sous la norme d’accĂšs au crĂ©dit : les “subprimes”. Les banques sont contraintes d’accepter les demandes sous peine de se faire accuser de discrimination par le gouvernement. Ce dernier attribue Ă  deux agences de service public le rĂŽle de garant pour ces nouveaux emprunts, dans le but de rassurer les banques.

Voyant le potentiel lucratif de ces dettes, les banques amĂ©ricaines vont titriser cette montagne de dettes fragiles pour les transformer en produits financiers complexes. Pour alimenter ce nouveau produit financier, ils vont crĂ©er des prĂȘts NINJA : no Income, no Job, no Asset, puis les revendre massivement sur le marchĂ© Ă  des investisseurs du monde entier : fonds de pension allemands, banques japonaises ou assureurs français.

Un retournement du marchĂ© immobilier survient inĂ©vitablement en 2006, crĂ©ant une cascade de dĂ©faut de paiements car les dĂ©biteurs sont dĂ©sormais incapables de vendre leur maison pour rembourser leur dette. La bulle Ă©clate, entraĂźnant la quasi-totalitĂ© du monde de la finance dans l'obscuritĂ©. Si la plupart des banques sont sauvĂ©es par les États, Lehman Brothers est abandonnĂ©e Ă  la faillite en 2008. Cette chute a provoquĂ© un tel choc systĂ©mique que la sĂ©paration des mĂ©tiers bancaires est devenue inĂ©vitable, justifiant une sĂ©rie de mesures lĂ©gislatives dont la loi de sĂ©paration et de rĂ©gulation des activitĂ©s bancaires.

Originellement dĂ©tenue Ă  75% par le CrĂ©dit Agricole et 25% par la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, cette derniĂšre s’est progressivement retirĂ©e de l'actionnariat entre 2015 et 2020. Amundi est une filiale du CrĂ©dit Agricole qui en possĂšde toujours 69% en 2026. Il existe un partenariat commercial Ă©troit et historique entre les deux entitĂ©s. Amundi conçoit et gĂšre les produits financiers (fonds d'investissement, PEA, assurance-vie, Ă©pargne salariale). Ces produits sont ensuite distribuĂ©s par les rĂ©seaux de vente du CrĂ©dit Agricole comme le LCL, auprĂšs de leurs clients.

Le leader européen de la gestion d'actifs

La technologie au service de la rentabilité

Amundi s'est imposĂ©e comme le leader incontestĂ© de la gestion d'actifs en Europe, figurant dans le top 10 mondial des acteurs du secteur. Fin 2025, le groupe a atteint un niveau historique d'actifs sous gestion s'Ă©levant Ă  2 380 billions d'euros, marquant une progression de 6,2% sur un an. Ce niveau d'encours est combinĂ© Ă  un modĂšle d'une grande efficacitĂ©, capable de gĂ©nĂ©rer des marges d'exploitation de 47,9%. L'efficacitĂ© opĂ©rationnelle d'Amundi repose sur une architecture de plateforme centralisĂ©e qui permet d'absorber des volumes massifs tout en maintenant des coĂ»ts marginaux extrĂȘmement faibles.

L'un des piliers de cette réussite est la plateforme ALTO. Ce systÚme propriétaire couvre l'intégralité de la chaßne de valeur de l'épargne et représente un avantage compétitif décisif. Le coût de fonctionnement d'ALTO est estimé à environ un point de base (0,01%) des actifs sous gestion, ce qui est significativement inférieur aux coûts supportés par des gestionnaires de taille moyenne dont les frais fixes pÚsent lourdement sur la performance globale des fonds. Cette excellence opérationnelle permet à Amundi de proposer des tarifs compétitifs, notamment sur le segment des ETF, tout en dégageant une rentabilité supérieure à ses pairs européens.

L'activité technologique n'est plus seulement un support, c'est un relais de croissance majeur. Amundi Technology a enregistré une croissance de ses revenus de 45% en 2025, atteignant 116 millions d'euros. Le groupe ambitionne de doubler ce chiffre d'ici 2028 pour dépasser les 200 millions d'euros. ALTO est désormais commercialisé sous forme de logiciel en tant que service (SaaS) auprÚs de 10 nouveaux clients signés en 2025, portant son empreinte à plus de 15 marchés mondiaux.

  • L'Intelligence Artificielle GĂ©nĂ©rative : Le dĂ©ploiement d'ALTO AI Studio a permis d'Ă©quiper les 5 600 employĂ©s du groupe d'outils d'IA sĂ©curisĂ©s pour l'analyse de conformitĂ©, la rĂ©daction d'appels d'offres et le dĂ©veloppement informatique. À terme, 50 applications d'IA seront industrialisĂ©es pour optimiser les processus internes et offrir de nouveaux services aux clients.

  • La Tokenization : Amundi a lancĂ© en novembre 2025 sa premiĂšre part de fonds monĂ©taire tokenisĂ©e (Amundi Funds Cash EUR) sur la blockchain Ethereum. Cette technologie offre une liquiditĂ© totale grĂące Ă  des Ă©changes disponibles 24/7 et des transferts instantanĂ©s, ouvrant la voie Ă  une distribution massive des actifs rĂ©els et privĂ©s Ă  l'avenir.

  • Data as a Service : Profitant de la complexitĂ© croissante des donnĂ©es financiĂšres et ESG, Amundi propose dĂ©sormais un service de gestion de donnĂ©es externalisĂ©, permettant Ă  ses clients institutionnels de rĂ©duire leurs coĂ»ts d'infrastructure tout en bĂ©nĂ©ficiant de la qualitĂ© des donnĂ©es d'Amundi.

Surfer sur la vague ETF

Un ETF peut ĂȘtre reprĂ©sentĂ© par un panier. S’il est “indiciel” c’est qu’il est la reprĂ©sentation parfaite d’un indice comme le CAC40 ou le S&P500. Pour prendre l’exemple d’un ETF CAC40, c’est acheter l’ensemble des sociĂ©tĂ©s le composant sans aucune exception et au prorata de leur taille dans l’indice. L’ETF sera donc composĂ© Ă  7.5% de LVMH et de 0.35% de Carrefour car leurs capitalisations boursiĂšres pĂšsent respectivement 7.5% et 0.35% dans l’indice . Cette rĂ©partition Ă©voluera en mĂȘme temps que le marchĂ© lorsque certaines sociĂ©tĂ©s croissent et d’autres dĂ©croissent.

Les ETF reprĂ©sentent un produit trĂšs attractif pour les investisseurs novices. Ils permettent de participer au marchĂ© sans prendre le risque de faire de mauvais choix. Il assure une performance moyenne, ce qui est rĂ©confortant lorsque l’on sait que sur 10 ans, 87% des gĂ©rants de fonds d'actions amĂ©ricaines ont une performance infĂ©rieure au S&P500 qui est l’indice de rĂ©fĂ©rence. La demande est extrĂȘmement forte sur ces solutions indicielles Ă  bas coĂ»ts. Amundi a su anticiper ce mouvement pour devenir le numĂ©ro un europĂ©en de l'ETF avec l'acquisition majeure de Lyxor en 2022. Fin 2025, la plateforme ETF et solutions indicielles gĂ©rait prĂšs de 518 billions d'euros, dont 342 billions spĂ©cifiquement en ETF.

Cette mode se confirme par des collectes records, atteignant 46,5 billions d'euros en 2025. Cette performance place Amundi comme le seul acteur européen capable de rivaliser avec les géants américains en termes d'échelle et d'innovation. Le groupe ne se limite plus aux indices classiques et déploie désormais des ETF actifs, qui combinent la liquidité et la transparence de l'ETF avec l'expertise de sélection des 17 centres de gestion d'Amundi. Cette nouvelle ligne métier vise à capter des frais de gestion plus élevés tout en s'inscrivant dans la tendance de « retailisation » de l'épargne.

A contrario d’un ETF indiciel, un ETF actif possĂšde un gĂ©rant qui est chargĂ© de la composition du panier. Il met en place une stratĂ©gie contrairement Ă  l’indexation automatique de l’ETF indiciel qui n’est pas pilotĂ© car c’est une simple copie du marchĂ©. Cela a notamment des consĂ©quences directes sur les coĂ»ts et donc les frais de gestion (annuels) qui sont nettement plus Ă©levĂ©s sur un ETF actif (1-2%) qu’un ETF indiciel (0,05-0,6%).

Positionné sur les marchés émergents

Dans une Europe Ă  l’arrĂȘt, avec une croissance Ă  1,6% en 2025, s’exposer aux marchĂ©s en croissance est un enjeu majeur pour n’importe quelle sociĂ©tĂ© en quĂȘte de dynamisme. En 2025, l'Asie est officiellement devenue le deuxiĂšme marchĂ© domestique d'Amundi, contribuant Ă  hauteur de 40% de la collecte totale du groupe avec 33 billions d'euros d'entrĂ©es nettes. La stratĂ©gie asiatique repose sur un maillage fin de coentreprises (Joint Ventures) avec les plus grandes banques locales, permettant d'accĂ©der Ă  une base de clients quasi-infinie tout en limitant les risques opĂ©rationnels directs.

Dans sa quĂȘte d’exportation, Amundi sĂ©curise un accĂšs au marchĂ© amĂ©ricain en 2025 grĂące au partenariat avec Victory Capital. Amundi a apportĂ© ses activitĂ©s amĂ©ricaines Ă  Victory Capital en Ă©change d'une participation de 26,1% dans le nouvel ensemble. Ce mouvement stratĂ©gique permet Ă  Amundi de se dĂ©sengager d'une gestion directe complexe aux États-Unis tout en restant exposĂ© Ă  la croissance du marchĂ© amĂ©ricain via un acteur local performant. Cet accord de 15 ans fait de Victory Capital le distributeur exclusif des produits Amundi aux États-Unis, tandis qu'Amundi distribue les produits fabriquĂ©s par Victory dans ses rĂ©seaux europĂ©ens et asiatiques. Les synergies de coĂ»ts et de revenus attendues sont majeures, avec une estimation de 110 billions de dollars de synergies nettes dĂšs la deuxiĂšme annĂ©e. Pour l'investisseur, cela signifie une source de revenus diversifiĂ©e et moins gourmande en capital direct.

L'Inde représente le moteur de croissance le plus dynamique. La JV avec la State Bank of India, dont Amundi détient environ 37%, est le leader incontesté du marché indien avec une collecte de 10 billions d'euros en 2025. L'annonce de l'introduction en bourse de SBI FM en 2026 constitue un catalyseur majeur de valeur pour les actionnaires d'Amundi. Cette opération permettra de cristalliser la valeur de cet actif stratégique, dont la croissance des commissions de gestion dépasse les 20% par an en monnaie locale. Amundi prévoit de céder seulement 10% de son capital de la JV, conservant ainsi une participation suffisante pour bénéficier de l'essor démographique et de l'émergence des classes moyennes en Inde.

En Chine, la JV avec l'Agricultural Bank of China et le partenariat avec Bank of China sur la gestion de fortune continuent de gagner des parts de marché, prouvant la capacité d'Amundi à naviguer dans des environnements réglementaires complexes. L'objectif pour le plan stratégique 2028 est de doubler la collecte nette cumulée en Asie par rapport au plan précédent en visant un flux de 150 billions d'euros.

Opportuniste sur les tendances de fond

Face au vieillissement des populations en Europe et en Asie, Amundi a fait de la retraite par capitalisation l’une de ses prioritĂ©s. Le groupe a créé une ligne mĂ©tier dĂ©diĂ©e aux « Solutions de Retraite » visant une collecte nette de 100 billions d'euros d'ici la fin de l'annĂ©e 2028. Cette ambition s'appuie sur une expertise historique en France, oĂč Amundi est le numĂ©ro un de l'Ă©pargne salariale et retraite avec 45 % de part de marchĂ© et 104 billions d'euros d'encours.

Cette stratégie s'est traduite par un succÚs capital en 2025, lorsque la société a remporté l'appel d'offres pour le nouveau systÚme national de retraite par inscription automatique en Irlande. Amundi a été sélectionnée pour gérer un tiers des actifs de ce programme, qui concerne environ 800 000 salariés n'ayant pas de couverture retraite complémentaire. Le schéma de contribution, débutant le 1er janvier 2026, prévoit une montée en puissance progressive des taux de cotisation de 1,5% à 6% sur 10 ans, offrant à Amundi une visibilité de revenus à trÚs long terme. Ce mandat démontre la capacité d'Amundi à devenir le partenaire privilégié des gouvernements pour la mise en place de régimes de retraite par capitalisation, un modÚle appelé à se multiplier en Europe du Nord et en Asie (notamment en Corée et à Hong Kong).

DĂ©mocratiser l’accĂšs au actifs privĂ©s

*Il s’agit de donner accĂšs au “Private Equity”, la capacitĂ© d’investir dans le capital de sociĂ©tĂ©s qui ne sont pas cotĂ©es en bourse telles que SpaceX, ByteDance (propriĂ©taire de Tiktok), Anthropic ou encore Epic Games (propriĂ©taire de Fortnite et Unreal Engine).

Conscient que la recherche de rendement pousse les investisseurs vers les marchés non cotés, Amundi a franchi une étape historique en novembre 2025 en annonçant un partenariat stratégique et capitalistique de 10 ans avec ICG (Intermediate Capital Group), spécialiste londonien des actifs privés gérant 125 billions de dollars. Amundi a acquis une participation de 9,9% dans ICG, devenant ainsi un actionnaire de référence tout en sécurisant un accÚs exclusif à leurs expertises de gestion pour ses clients particuliers.

Cette alliance vise à « démocratiser » l'accÚs au private equity et à la dette privée. DÚs le premier semestre 2026, deux fonds « Evergreen » (à capital permanent) seront lancés, permettant aux particuliers d'investir dans ces classes d'actifs avec une liquidité améliorée. Ce mouvement est crucial car il permet de capter des marges bien plus élevées que sur les produits cotés traditionnels. ICG apporte l'expertise de gestion tandis qu'Amundi apporte sa force de frappe en termes de structuration, de technologie via ALTO et de distribution mondiale (600 distributeurs tiers). Ce partenariat devrait contribuer à l'augmentation du bénéfice par action à hauteur de 5 % sur la durée du plan 2028.

Leader européen, mais pas en Europe

Une concurrence féroce

Être le premier gestionnaire d'actifs europĂ©en est une prouesse. Mais dans l'arĂšne de la gestion d'actifs, le regard se tourne irrĂ©mĂ©diablement vers celui qui culmine Ă  plus de 14 trillions de dollars d'encours : BlackRock. Pour Amundi, avec ses 2 trillions d'euros, la marche reste haute.

Le gestionnaire français fait face Ă  une pression constante sur les frais de gestion, exacerbĂ©e par la concurrence frontale avec les gĂ©ants amĂ©ricains. Dans le segment des ETF, la lutte se joue sur les centiĂšmes de point de base. Si Amundi a rĂ©ussi Ă  devenir le numĂ©ro deux europĂ©en, il doit investir massivement dans sa recherche et son infrastructure technologique pour ne pas se laisser distancer.  La gestion active subit un dĂ©clin sĂ©culaire au profit des ETF indiciels automatisĂ©s. Pour compenser l'Ă©rosion des marges, Amundi est contrainte de grossir en permanence pour rĂ©aliser des Ă©conomies d'Ă©chelle. Cela impose un rythme soutenu d'acquisitions, avec les risques d'intĂ©gration inhĂ©rents et Ă©galement une innovation rĂ©guliĂšre,  avec les coĂ»ts d’investissements inhĂ©rents. L'investissement organique de 800 millions d'euros prĂ©vu pour 2025-2028, en hausse de 30%, est une nĂ©cessitĂ© vitale pour maintenir l'avance d'ALTO face Ă  des plateformes comme Aladdin de Blackrock. La bataille pour avoir les produits les plus attractifs est fĂ©roce. Les marges se compressent sous le poids de la bataille qui se livre autant sur les Ă©conomies d'Ă©chelle que sur le progrĂšs technologiques.

BlackRock bénéficie d'un marché domestique américain unifié, immense et profond. Amundi, bien qu'européen, doit composer avec une fragmentation réglementaire et culturelle qui freine la consolidation totale. Grùce à ses ETF iShares, l'américain a siphonné une grande partie de l'épargne européenne, imposant la gestion passive comme la norme. Amundi résiste grùce à son ancrage bancaire (Crédit Agricole, Société Générale) et sa capacité à proposer des solutions sur-mesure que les algorithmes standardisés de New York peinent parfois à égaler.

L'incertitude UniCredit

L' un des principaux nuages à l'horizon pour Amundi concerne le renouvellement du partenariat avec UniCredit, prévu pour juillet 2027. Ce contrat, hérité de l'acquisition de Pioneer Investments, représente environ 88 billions d'euros d'actifs sous gestion, soit 4% des encours totaux du groupe. Cependant, l'impact financier est bien plus significatif que ce pourcentage ne le laisse paraßtre : ces actifs sont majoritairement investis en gestion active avec des marges élevées, estimées à environ 40 points de base. La contribution de ce contrat au résultat net pourrait s'élever jusqu'à 10%.

Andrea Orcel, le CEO d'UniCredit, a clairement exprimĂ© sa volontĂ© de « rééquilibrer » la relation. La banque italienne favorise dĂ©sormais sa plateforme interne multi-gĂ©rants “onemarkets” et sa coentreprise avec Azimut pour capter une plus grande part des commissions de gestion. En cas de non-renouvellement, Amundi estime que la majeure partie des actifs pourrait sortir en deux ans, crĂ©ant un vent contraire significatif sur la collecte nette et les profits. Bien que la direction d'Amundi affirme avoir intĂ©grĂ© tous les scĂ©narios UniCredit dans sa trajectoire financiĂšre 2028, cette dĂ©pendance vis-Ă -vis d'un partenaire devenu concurrent reste un risque majeur de contre-performance.

“Vous avez Ă©tĂ© pesĂ©. Vous avez Ă©tĂ© mesurĂ©. Et vous avez Ă©tĂ© jugĂ© 
”

Pendant des dĂ©cennies, le client d'une banque, comme le CrĂ©dit Agricole, se voyait proposer presque exclusivement des fonds de la maison. C'est ce qu'on appelle un rĂ©seau captif. Cependant, les rĂ©gulateurs europĂ©ens et les investisseurs exigent de plus en plus un modĂšle d'architecture ouverte, oĂč le client a accĂšs au meilleur produit du marchĂ© indĂ©pendamment de sa banque. L'architecture ouverte oblige la banque Ă  comparer ses propres produits avec ceux de la concurrence.

Si la France ou l'Italie venaient à adopter des régulations plus strictes sur les commissions de vente ou à imposer un choix plus large aux épargnants, Amundi pourrait subir une décollecte massive au profit de gérants spécialisés affichant de meilleures performances pures. La réussite future du groupe dépend donc impérativement de sa capacité à améliorer l'alpha de ses fonds actifs tout en continuant de baisser les coûts de sa gestion passive.

L’Alpha est la mesure de la valeur ajoutĂ©e intrinsĂšque d’un gĂ©rant par rapport Ă  son indice de rĂ©fĂ©rence. Dans un marchĂ© devenu transparent et dominĂ© par les frais bas de la gestion passive propre aux ETF indiciels, l'Alpha est devenu le seul rempart contre la dĂ©collecte : un gĂ©rant actif ne justifie son existence — et ses coĂ»ts — que s'il dĂ©livre une surperformance nette de frais constante, transformant son expertise en gain concret pour l'Ă©pargnant.

La hausse de la fiscalité

En tant que grande entreprise française, Amundi est particuliÚrement exposée aux ajustements fiscaux du gouvernement. En 2025, le groupe a été frappé par une taxe exceptionnelle sur les bénéfices des grandes sociétés, entraßnant une charge supplémentaire de 74 millions d'euros. Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit la prolongation de cette surtaxe temporaire pour les entreprises réalisant plus d'un billion d'euros de chiffre d'affaires, avec des taux effectifs pouvant atteindre 30,98%.

Cette instabilitĂ© fiscale rĂ©duit les capacitĂ©s de rĂ©investissement et pĂšse sur le bĂ©nĂ©fice net par action, malgrĂ© la croissance opĂ©rationnelle. Par ailleurs, une augmentation globale de la fiscalitĂ© sur l'Ă©pargne financiĂšre (type flat tax ou fiscalitĂ© de l'assurance-vie) pourrait freiner la dynamique globale de collecte des mĂ©nages français, impactant directement le cƓur de mĂ©tier d'Amundi.

Mutation réussie

Amundi a parcouru un chemin remarquable depuis sa naissance dans la douleur en 2010. Initialement conçue comme une réponse défensive aux pressions législatives post-crise des subprimes pour séparer les métiers bancaires, l'entité s'est métamorphosée en un leader européen incontesté et un acteur du top 10 mondial.

Le succĂšs du groupe repose sur un modĂšle d'intĂ©grateur de chaĂźne de valeur : il est crĂ©ateur, gestionnaire et distributeur d’actifs. Au cƓur de cette machine de guerre financiĂšre se trouve la plateforme ALTO, dont l'excellence opĂ©rationnelle permet Ă  Amundi d'afficher l'un des ratios d'exploitation les plus bas du secteur. En transformant cet outil interne en une ligne de revenus technologiques Ă  forte croissance, le groupe diversifie ses profits et s'ancre durablement chez ses clients institutionnels.

L'avenir d'Amundi, tracé par le plan stratégique "Invest for the Future 2028", s'appuie sur trois piliers de croissance majeurs : l'expansion géographique en Asie, la domination de la gestion passive, la diversification vers les actifs privés et la collecte issue de la gestion des retraites.

MalgrĂ© des points de vigilance rĂ©els, notamment l'incertitude entourant le renouvellement du contrat UniCredit en 2027 et la pression continue sur les frais de gestion active, Amundi fait preuve d'une rĂ©silience financiĂšre exceptionnelle. Avec un objectif de bĂ©nĂ©fice par action supĂ©rieur Ă  7,00 € en 2028 et une politique de retour aux actionnaires gĂ©nĂ©reuse (1,4 billions d'euros distribuĂ©s en 2025 entre dividendes et rachats d'actions), le groupe dĂ©montre qu'il n'est plus seulement un marionnettiste de l'ombre, mais un moteur central de la finance europĂ©enne.

En somme, l'investisseur doit voir en Amundi une entreprise qui a rĂ©ussi sa mutation : d'un gestionnaire de fonds traditionnel, elle est devenue une plateforme technologique globale, prĂȘte Ă  capturer les grandes tendances dĂ©mographiques et digitales de la dĂ©cennie Ă  venir.

Amundi se classe elle-mĂȘme comme une valeur dĂ©fensive. En dĂ©pit d’un bĂȘta lĂ©gĂšrement supĂ©rieur Ă  1 (1,1~1,2), son business est mature ; elle a battu les estimations de bĂ©nĂ©fices sur 10 de ses 12 derniĂšres dĂ©clarations trimestrielles. Son dividende est confortable avec un rendement de 5,4% en 2025. Ce dernier est fiable car elle dispose d’une trĂ©sorerie de 972 millions d'euros Ă  la fin de l’exercice 2025.

*Amundi dispose d’un bel historique de croissance depuis 2015 avec une progression moyenne annuelle de 9,3% des revenus et 12,2% du rĂ©sultat net.

Elle anticipe pourtant un ralentissement de la croissance en visant une croissance organique moyenne de son bĂ©nĂ©fice net par action d'environ 5% par an. Cela inclut autant une progression des bĂ©nĂ©fices qu’une diminution du nombre total d'actions grĂące Ă  un programme en cours de rachat d’actions. Ces ambitions sont timides, car elle se repose essentiellement sur un marchĂ© europĂ©en statique.

Les perspectives Ă  long terme demeurent encourageantes avec l’abandon progressif du modĂšle de retraite par rĂ©partition. La prise de conscience globale de l’érosion de la monnaie induite par l’inflation est un autre facteur qui pousse les gens Ă  investir dans des actifs pouvant rĂ©sister Ă  ce phĂ©nomĂšne ou le prendre de vitesse.

Enfin, la plateforme ALTO est un vĂ©ritable joker dans la manche d’Amundi, dont la technologie pourrait surprendre fortement dans le futur. Sa capacitĂ© Ă  automatiser les tĂąches, Ă  faire le lien entre la finance traditionnelle et la finance moderne tokenisĂ©e, Ă  ouvrir les portes du "Private Equity" et Ă  crĂ©er des produits personnalisĂ©s pour chaque Ă©pargnant est inquantifiable. Les Ă©volutions d’ALTO ne sont pas considĂ©rĂ©es dans les prĂ©visions et, avec un peu d’imagination, il est facile de penser que cette plateforme technologique va prendre une place de plus en plus centrale dans le fonctionnement d’Amundi.

Bien qu’ayant connu un enthousiasme rĂ©cent, le cours de l’action Amundi (79 € aujourd’hui) reste parfaitement abordable, se situant prĂ©cisĂ©ment Ă  sa moyenne historique en termes de Forward P/E. Il ne s’agit pas d’une valeur de trader, mais d’une valeur d’investisseur souhaitant prendre un risque minimal avec un retour sur investissement solide sur les dĂ©cennies qui viennent.