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Publié le 02/02/2026

NASDAQ : RKLB

ROCKET LAB
Vers l'infini et au-delĂ !

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Le ter de la ligne Terre-Espace

We are not a launch company. We are a space company. The rocket is just the freight train to get us there. (Peter Beck, CEO Fondateur)

L'industrie spatiale mondiale traverse une transformation structurelle, passant d'un paradigme dominĂ© par les agences gouvernementales Ă  une Ă©conomie de marchĂ© dynamique portĂ©e par l'innovation privĂ©e. FondĂ©e en 2006 par Peter Beck, ingĂ©nieur autodidacte visionnaire, Rocket Lab est au cƓur de cette mutation. Elle s'est imposĂ©e non seulement comme un leader incontestĂ© des services de lancement de petits satellites, mais surtout comme une entreprise spatiale de « bout en bout », capable de maĂźtriser l'intĂ©gralitĂ© de la chaĂźne de valeur orbitale.

Si Rocket Lab a débuté comme un simple « taxi » pour satellites, l'entreprise a muté en un constructeur d'infrastructures globales grùce à une intégration verticale poussée. Avec plus de 50 lancements réussis au début de l'année 2026, Electron est le deuxiÚme lanceur américain le plus utilisé derriÚre SpaceX. L'entreprise développe actuellement Neutron, un lanceur moyen réutilisable conçu pour concurrencer directement la Falcon 9, tout en étant optimisé pour les constellations de satellites modernes.

Electron se distingue par l'utilisation de moteurs Rutherford, les premiers moteurs de fusĂ©e au monde Ă  utiliser un cycle de pompage Ă©lectrique alimentĂ© par des batteries lithium-polymĂšre, et dont les composants principaux sont fabriquĂ©s par impression 3D. Cette technologie permet une flexibilitĂ© et une cadence de production que les mĂ©thodes traditionnelles ne peuvent Ă©galer. La capacitĂ© d'emport d'Electron a Ă©tĂ© portĂ©e Ă  320 kg en orbite terrestre basse (LEO), offrant un service de « limousine spatiale » oĂč le client choisit son orbite prĂ©cise ainsi que son calendrier de lancement.

HASTE, un dĂ©rivĂ© du lanceur Electron, est une plateforme de test suborbitale utilisĂ©e par l’armĂ©e amĂ©ricaine pour la recherche appliquĂ©e. Le dĂ©partement de la DĂ©fense (DoD) l'exploite pour valider physiquement des contre-mesures, de nouveaux matĂ©riaux et des systĂšmes de propulsion avancĂ©s comme les moteurs Scramjet. En 2025, Rocket Lab a dĂ©montrĂ© son agilitĂ© en exĂ©cutant des missions HASTE successives avec un succĂšs total depuis la Virginie, rĂ©pondant aux besoins critiques de la sĂ©curitĂ© nationale. Ce vĂ©hicule est devenu un pilier du programme Golden Dome (Ă©valuĂ© Ă  175 milliards de dollars), visant Ă  protĂ©ger les États-Unis des menaces balistiques et hypersoniques. Sa capacitĂ© Ă  maintenir une vitesse supĂ©rieure Ă  Mach 5 en trajectoire suborbitale lui permet d'Ă©muler avec prĂ©cision les profils de vol des menaces adverses les plus sophistiquĂ©es.

Une dynamique ascendante

  1. L’intĂ©gration verticale grĂące Ă  une stratĂ©gie d’acquisition : dans l'arĂšne ultra-compĂ©titive du « New Space », Rocket Lab s'est imposĂ©e non seulement comme le second lanceur le plus actif aux États-Unis aprĂšs SpaceX, mais surtout comme une entreprise d'infrastructure spatiale intĂ©grĂ©e. L'intĂ©gration verticale chez Rocket Lab ne se limite pas Ă  la fabrication de ses propres moteurs (moteurs Rutherford) et de ses logiciels de vol. Il s'agit d'une stratĂ©gie de contrĂŽle total de la chaĂźne de valeur crĂ©ant un Moat quasi infranchissable.

    Contrairement à ses concurrents qui assemblent des composants tiers, Rocket Lab produit en interne environ 90 % de la fusée Electron. Cette autonomie quasi totale permet de comprimer les coûts, de garantir une qualité optimale et d'assurer une certitude sur le calendrier de lancement. L'entreprise dispose également de la capacité de produire l'intégralité de ses propres satellites : des cellules solaires à haute efficacité et durcies contre les radiations aux capteurs optiques, en passant par les mécanismes de guidage et de contrÎle. Elle peut ainsi livrer un satellite complet.

    Les chiffres témoignent de la réussite de cette intégration. Au troisiÚme trimestre 2025, Rocket Lab a réalisé un chiffre d'affaires record de 155 millions $. La répartition des revenus démontre que l'entreprise est devenue une « société de satellites possédant ses propres fusées » plutÎt que l'inverse : le segment Space Systems contribue désormais à hauteur de 74 % du CA (contre 26 % pour les Launch Services) et affiche une croissance de 16,7 % par rapport au trimestre précédent. Les satellites sont ainsi devenus le véritable moteur de la croissance de Rocket Lab.

  2. Le levier opĂ©rationnel prĂȘt pour la montĂ©e en puissance : Rocket Lab dispose d'une infrastructure de lancement unique au monde pour une entreprise privĂ©e, rĂ©partie sur deux continents. Le site de lancement principal en Nouvelle-ZĂ©lande (LC-1) possĂšde deux pads (1A et 1B) et est autorisĂ© pour un dĂ©collage toutes les 72 heures, soit environ 120 crĂ©neaux par an. Le second site, en Virginie, est dĂ©diĂ© aux missions critiques de sĂ©curitĂ© nationale. Actuellement, avec 15 Ă  20 lancements par an, ces sites ne sont utilisĂ©s qu’à hauteur de 20 % de leur capacitĂ© maximale.

    La production des fusées Electron est elle aussi automatisée grùce à des technologies de rupture. L'usine d'Auckland et le centre de Long Beach sont dimensionnés pour produire 52 fusées Electron par an (soit une par semaine), tandis que le rythme actuel d'environ 1,5 fusée par mois limite l'utilisation des usines à 35 % de leur capacité. Le bottleneck de la chaßne de valeur se situe au niveau de la production, mais il reste suffisamment large pour permettre un triplement du volume sans nécessiter de nouveaux investissements en infrastructure. Le potentiel d'économies d'échelle est donc massif.

    Avec des coĂ»ts fixes annuels s’élevant Ă  40 millions $, le point mort (seuil de rentabilitĂ©) pour le programme Electron se situe Ă  environ 11 lancements par an. Au-delĂ  de ce seuil, chaque mission supplĂ©mentaire gĂ©nĂšre une marge incrĂ©mentale d’environ 72 %. Une hausse de la demande se convertit ainsi immĂ©diatement en profits substantiels. Le futur lanceur Neutron renforcera considĂ©rablement ce levier : conçu pour ĂȘtre rĂ©utilisable jusqu'Ă  20 fois, il fera chuter drastiquement les coĂ»ts variables tout en propulsant les marges opĂ©rationnelles vers de nouveaux sommets.

  3. La fiabilité comme la métrique de référence : un échec signifie la perte de millions de dollars et d'années de travail pour le client. Rocket Lab affiche un taux de réussite exemplaire qui rassure les institutions les plus exigeantes, telles que la NASA ou le Département de la Défense (DoD). En 2025, les missions HASTE ont réalisé deux vols suborbitaux hypersoniques avec un succÚs total en un temps record. Quant à Electron, son taux de réussite cumulé s'élÚve à environ 92,7 % (51 succÚs sur 55 lancements). Cette fiabilité est en constante progression : le dernier échec remontant à 2023, l'entreprise reste sur une série solide de 15 succÚs consécutifs.

Des risques de crash

  1. La nĂ©cessitĂ© absolue de R&D : l’espace est un secteur ultra-compĂ©titif, ne serait-ce que par la coexistence de SpaceX, mais surtout par la nĂ©cessitĂ© de baisser les coĂ»ts pour attirer de nouveaux clients. L’abaissement des coĂ»ts est effectivement le principal moteur de l'expansion du TAM de l'industrie spatiale. En Ă©conomie, ce phĂ©nomĂšne s'explique par une forte Ă©lasticitĂ© de la demande par rapport au prix : chaque rĂ©duction significative du coĂ»t d'accĂšs Ă  l'espace dĂ©bloque de nouveaux segments de marchĂ© qui Ă©taient auparavant jugĂ©s non rentables. C’est, par exemple, le cas de la fibre optique (ZBLAN) qui, lorsqu'elle est produite dans l’espace en l’absence de gravitĂ©, s'avĂšre 10 Ă  100 fois plus performante que celle fabriquĂ©e sur Terre.

    Rocket Lab se trouve actuellement dans une phase de transition périlleuse : le passage du « Small-Lift » (Electron) au « Medium-Lift » (Neutron). Cette étape représente un saut technologique immense qui consomme des capitaux massifs. Le développement de Neutron et des moteurs Archimedes nécessite des investissements en R&D se comptant en centaines de millions de dollars. En 2025, bien que le chiffre d'affaires augmente, les dépenses opérationnelles restent élevées, retardant la profitabilité nette globale.

    Contrairement à Electron qui est mature, Neutron est encore expérimental. Tout retard dans le vol inaugural, prévu fin 2025 ou début 2026, ou pire, un échec lors du premier lancement, aurait des conséquences dévastatrices sur la confiance des investisseurs.

  2. Dans l’ombre du gĂ©ant : le marchĂ© du lancement est devenu un champ de bataille oĂč le prix au kilogramme est l'arme principale. Avec ses fusĂ©es Falcon 9 dĂ©jĂ  amorties et sa future Starship, SpaceX impose des prix extrĂȘmement bas. Rocket Lab doit prouver qu'elle peut rester compĂ©titive. Si le coĂ»t par lancement de Neutron ne parvient pas Ă  concurrencer les vols "Ride-share" (covoiturage spatial) de SpaceX, Rocket Lab pourrait perdre des clients commerciaux sensibles aux coĂ»ts.

    Rocket Lab ne peut pas gagner une guerre des prix frontale contre SpaceX. Son défi est de convaincre les clients que la "ponctualité" et le "service sur mesure" d'Electron et Neutron valent le surcoût par rapport aux lancements groupés de SpaceX.

  3. La dépendance à la dépense publique : Une part prédominante du carnet de commandes de Rocket Lab (Backlog) dépend directement du gouvernement américain. Des programmes comme le Golden Dome ou les contrats avec la SDA (Space Development Agency) sont soumis aux décisions du CongrÚs. Un changement d'administration ou une réduction du budget de la Défense pourrait entraßner des annulations ou des reports de contrats massifs.

    En 2025, une grande partie de la croissance du segment Space Systems repose sur un nombre restreint de gros contrats gouvernementaux (ex: le contrat de 500 millions $ pour la SDA). Perdre un seul de ces contrats laisserait un trou béant dans les revenus de l'entreprise.

Le “High Flyer”

Rocket Lab possĂšde tous les attributs pour ĂȘtre une des favorites du marchĂ© : c’est une valeur « tech » Ă  forte croissance dans l’un des secteurs les plus inspirants, l’espace. Avec une croissance annuelle composĂ©e de 52,7 % sur les cinq derniĂšres annĂ©es, l'entreprise n’en a pas que le nom ; elle en a la trajectoire fulgurante.

La croissance est si imprésionnante qu'elle est nettement visible sur chaque trimestre. La rentabilité n'est cepandant pas anticipée pour 2026 mais l'entreprise s'en rapproche grandement.

Pour investir dans l’une des valeurs vedettes du marchĂ©, il faut accepter de payer une prime Ă©levĂ©e. Sa valorisation actuelle est extrĂȘmement tendue, car le marchĂ© anticipe une croissance forte et durable, portĂ©e par un enthousiasme manifeste des investisseurs particuliers.

La valorisation est effrayante. On utilise le ratio P/S plutÎt que P/E car l'entreprise n'est pas encore rentable et donc elle possÚde un "earning" négatif. Comparé à d'autres sociétés et à sa propre moyenne historique, il est difficile de distinguer la part de spéculation de la part de pure euphorie qui a propulsé le titre aussi haut.

Aujourd’hui, l’action s’échange Ă  55x son Forward P/S (Prix/Chiffre d'affaires prĂ©visionnel), contre une moyenne historique de 15x depuis son introduction en bourse. À titre de comparaison, des gĂ©ants comme Nvidia s'Ă©changent autour de 16,5x et un distributeur mature comme Carrefour Ă  0,1x.

Pour justifier de tels multiples, Rocket Lab devra maintenir un rythme de croissance spectaculaire sans aucune fausse note. La moindre dĂ©ception opĂ©rationnelle provoquerait une chute potentiellement vertigineuse, amplifiĂ©e par un bĂȘta de 2,2 qui rend le titre intrinsĂšquement volatil.

Contrairement aux idĂ©es reçues, l’actionnariat est dominĂ© par une constellation d’institutions puissantes telles que Vanguard et BlackRock. Toutefois, il est crucial de noter que Peter Beck, le fondateur, conserve une part stratĂ©gique d'environ 10 % du capital, et non moins de 1 %, ce qui lui assure une voix prĂ©pondĂ©rante et un alignement d'intĂ©rĂȘts avec les actionnaires.

Cette répartition, bien qu'institutionnalisée, peut devenir un frein en période de crise : l'absence d'un actionnaire de contrÎle absolu peut ralentir la prise de décision ou mener à des compromis d'inaction si un consensus n'est pas rapidement trouvé entre les grands fonds.

Acheter Rocket Lab Ă  80 $ en 2026, c’est accepter une prise de risque colossale. La valeur est ce que l’on appelle « priced to perfection ». Tout revers technique ou commercial aura des consĂ©quences sĂ©vĂšres sur le cours. MĂȘme sans changement des fondamentaux, un simple changement de narratif, si le secteur spatial venait soudainement Ă  ĂȘtre perçu comme moins porteur, pourrait s'avĂ©rer destructeur.

Rocket Lab est une sociĂ©tĂ© passionnante. Elle est Ă  la pointe de la technologie et Ă  la porte de la rentabilitĂ© malgrĂ© des besoins en R&D constants et astronomiques. Je suis pourtant forcĂ© de constater que la fusĂ©e est partie et courir aprĂšs aurait des rĂ©sultats nĂ©fastes pour la santĂ©. C’est une sociĂ©tĂ© qu’il faut surveiller et dont la forte volatilitĂ© pourrait ramener le cours vers des multiples plus raisonnables en la sortant du territoire “bulle”. Il suffirait d’un mini-Krach similaire Ă  celui du 7 avril 2025, pour que le cours revisite les 30-40$. Avec un cours actuel Ă  80$, elle est donc absolument Ă  surveiller mais pas Ă  acheter.